Former un arbre fruitier en espalier : guide pratique

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Former un arbre fruitier en espalier : guide pratique

J’ai toujours aimé l’idée de l’espalier. Un arbre fruitier à plat contre un mur, des branches qui courent en lignes horizontales bien nettes, produisant des fruits dans un espace où un arbre normal ne tiendrait jamais. C’est impressionnant. Mais le vrai attrait, pour moi en tout cas, est pratique. L’espalier permet de cultiver des fruits dans les petits jardins, le long des clôtures, ou contre les murs de la maison là où un arbre de plein vent n’est pas envisageable.

La technique est ancienne. Les moines de l’Europe médiévale formaient des arbres fruitiers contre les murs des monastères pour capter la chaleur et prolonger la saison de culture. Les principes n’ont pas beaucoup changé depuis. On travaille avec les habitudes de croissance naturelles de l’arbre, en redirigeant l’énergie de la croissance verticale vers des branches horizontales qui fructifient plus facilement.

Ce qui a changé, c’est que la plupart d’entre nous travaillent avec des espaces considérablement plus petits qu’un verger de monastère. Ce qui est exactement la raison pour laquelle l’espalier revient sans cesse.

Choisir le bon arbre

Tous les arbres fruitiers ne se prêtent pas bien à la formation en espalier. Les meilleurs candidats sont les pommiers et les poiriers, en particulier sur porte-greffes nanisants ou semi-nanisants. Ils fructifient sur des coursons, de courtes excroissances trapues qui se développent sur le bois ancien et produisent des fruits année après année. Cette habitude de fructification sur coursons convient bien à la structure fixe d’un espalier.

Pour les pommiers, cherchez des variétés sur porte-greffe M26 ou M9. Le M26 donne un arbre gérable qui a encore assez de vigueur pour remplir une charpente. Le M9 est plus nanisant et convient aux espaces plus petits, mais nécessite un bon sol et un tuteurage permanent.

Les poiriers sur porte-greffe Cognassier A ou Cognassier C fonctionnent bien aussi. Conférence et Doyenné du Comice sont des choix classiques. Les poiriers se prêtent particulièrement bien au palissage car ils bénéficient de la chaleur supplémentaire qu’offre un mur exposé sud.

Les fruits à noyau, c’est une autre histoire. Les cerisiers, pruniers et pêchers ne forment pas de coursons de la même manière, ils sont donc généralement formés en éventail plutôt qu’en espalier horizontal formel. La formation en éventail est une discipline à part entière qui vaut la peine d’être apprise, mais ce n’est pas la même chose que l’espalier.

Un point à noter : la plupart des pommiers et poiriers en espalier ont besoin d’un partenaire de pollinisation. Vérifiez la compatibilité avant d’acheter. Deux variétés différentes formées côte à côte sur le même mur règlent le problème élégamment.

Les formes d’espalier expliquées

Le mot « espalier » recouvre plusieurs formes de formation distinctes. Certaines sont simples, d’autres mettront votre patience à l’épreuve.

Schéma montrant trois formes d'espalier côte à côte : cordon horizontal avec des étages parallèles, éventail avec des branches rayonnantes et cordon simple à 45 degrés
Les trois principales formes d’espalier : cordon horizontal, éventail et cordon simple.

Cordon horizontal (l’espalier classique). C’est ce que la plupart des gens imaginent. Un tronc central avec des branches horizontales (appelées étages) s’étendant à gauche et à droite à intervalles réguliers, généralement de 40 à 50 centimètres. Deux ou trois étages sont courants pour les murs de jardin. Chaque étage est formé le long d’un fil horizontal.

Cordon simple. Une seule tige cultivée à un angle de 45 degrés, sans branches latérales autorisées à s’étendre. Les cordons sont plantés rapprochés (60 à 90 centimètres d’écart) et sont excellents pour caser de nombreuses variétés dans un petit espace. Une rangée de cordons le long d’une clôture vous donne six ou huit variétés de pommes différentes dans l’espace d’un seul arbre de plein vent.

Éventail. Les branches rayonnent vers l’extérieur depuis un tronc court comme les nervures d’un éventail. C’est la forme utilisée pour les fruits à noyau : cerisiers, pruniers, pêchers et abricotiers. Les éventails nécessitent plus d’espace mural qu’un cordon mais conviennent aux arbres qui fructifient sur le bois jeune.

Palmette Verrier. Une forme plus ornementale où les branches se courbent vers le haut aux extrémités comme un candélabre. Magnifique mais exigeante à entretenir. Probablement pas le meilleur point de départ.

Clôture belge. Plusieurs arbres plantés en rangée avec leurs branches formées en un motif de losanges en treillis. Superbe à maturité. Nécessite une planification soignée et plusieurs années de formation patiente.

Pour un premier espalier, je commencerais par un cordon horizontal. Deux ou trois étages, pommier ou poirier, contre un mur ensoleillé ou le long d’une clôture à fils. C’est la forme la plus indulgente et elle vous enseigne les fondamentaux qui s’appliquent à toutes les autres.

Installer la structure

Avant de planter, vous avez besoin de fils de support. Pour un mur, fixez des fils horizontaux à la hauteur de chaque étage prévu en utilisant des pitons à vigne et des tendeurs. Pour une clôture autoportante, utilisez des poteaux solides avec des fils tendus entre eux.

Les fils doivent être bien tendus. Des fils qui s’affaissent rendent la formation difficile et font désordre quand l’arbre mûrit. Utilisez du fil galvanisé de 2,5 mm et des tendeurs appropriés. C’est un de ces travaux où bien faire les choses dès le départ vous épargne des années de frustration.

Espacez les fils de 40 à 50 centimètres, en commençant à environ 40 centimètres du sol. Trois étages signifient des fils à environ 40, 80 et 120 centimètres. Ajustez selon la hauteur de votre mur et la vigueur de votre porte-greffe.

Plantez l’arbre en hiver pendant la dormance, centré à l’endroit où vous voulez le tronc. Si vous achetez un espalier pré-formé (beaucoup de pépinières les vendent avec un ou deux étages déjà formés), vous avez une longueur d’avance. Si vous partez d’un scion (une seule tige non ramifiée), vous construirez la charpente à partir de zéro.

Le processus de formation

Former un espalier est un projet sur plusieurs années. Chaque hiver, vous étendez la charpente. Chaque été, vous contrôlez la croissance pour maintenir la forme.

Première année (scion). Coupez la tige principale juste au-dessus de la hauteur du premier fil, en vous assurant qu’il y a trois bons bourgeons sous la coupe. Les deux bourgeons du haut deviendront la première paire de branches horizontales. Le bourgeon en dessous continuera comme axe central. Quand les pousses se développent au printemps, attachez les deux pousses latérales à des tuteurs inclinés à environ 45 degrés. En automne, abaissez-les jusqu’au fil horizontal et attachez-les.

Deuxième année. L’axe central continue vers le haut. Coupez-le à nouveau juste au-dessus du deuxième fil, en répétant le processus pour créer le deuxième étage. Pendant ce temps, les branches du premier étage s’étendent le long de leur fil. Laissez-les pousser. Taillez en été les pousses latérales sur les branches horizontales, en les rabattant à trois feuilles au-dessus du bouquet de base.

Troisième année et au-delà. Continuez à ajouter des étages si vous le souhaitez. Une fois la charpente complète, coupez l’axe central juste au-dessus du fil supérieur. À partir de là, l’entretien consiste en la taille d’été pour maintenir la forme et encourager la fructification.

La taille d’été est ce qui distingue le plus l’espalier de l’entretien d’un arbre de plein vent. En juillet et août, vous rabattez toutes les nouvelles pousses latérales sur les branches horizontales à trois ou quatre feuilles. Cela redirige l’énergie de l’arbre de la croissance végétative vers la formation de bourgeons à fruits pour l’année suivante. Ratez cette étape et tout se transforme en un fouillis de pousses fouettantes d’ici septembre.

Pourquoi le suivi compte avec l’espalier

Ce qui m’a pris au dépourvu avec l’espalier, c’est que les décisions de formation prises la première année affectent la forme de l’arbre pendant des décennies. Et le retour est lent. Vous attachez une branche à un fil en mars, et vous ne savez pas vraiment si l’angle était bon avant l’été suivant quand vous voyez comment elle a réagi.

Je me suis retrouvé à oublier des détails entre les séances. Quel côté avait la croissance la plus faible l’année dernière ? Ai-je taillé en été en juillet ou en août ? À combien de feuilles ai-je rabattu ? Ces petits détails comptent avec les arbres formés parce que la forme est si précise. Un arbre de plein vent peut absorber une décision de taille approximative. Un espalier montre chaque erreur.

Noter chaque séance de taille, aussi bien le travail de formation hivernal que l’entretien estival, s’est avéré plus important pour mon espalier que pour n’importe quel autre arbre du jardin. L’approche du journal de taille qui fonctionne pour les arbres de plein vent devient essentielle pour les formes palissées.

Ce que je note pour chaque séance : la date, sur quel étage j’ai travaillé, ce que j’ai rabattu et à combien de feuilles, si j’ai ajusté des attaches, et l’aspect général de l’arbre. Les photos prises sous le même angle à chaque fois sont particulièrement utiles pour l’espalier parce qu’on voit clairement la charpente se développer (ou dérailler).

Sur deux ou trois ans, les notes révèlent des tendances. Un étage peut systématiquement produire une croissance plus vigoureuse que l’autre, ce qui vous dit quelque chose sur le système racinaire ou la distribution de la lumière. La taille d’été fin juillet peut donner des résultats différents de celle de début août. Vous ne remarquez ces choses que si vous les avez notées.

Erreurs courantes

Laisser l’étage supérieur dominer. Les arbres poussent naturellement vers le haut. L’étage supérieur d’un espalier essaiera toujours de croître plus vigoureusement que les étages inférieurs. Si vous ne gérez pas ça, vous vous retrouvez avec un étage supérieur fort et des branches inférieures faibles. La solution est de former l’étage supérieur en dernier, et de le tailler plus sévèrement que les étages inférieurs.

Sauter la taille d’été. La taille d’hiver façonne la charpente. La taille d’été la maintient et encourage la fructification. Sautez la séance d’été et vous obtenez un fouillis de longues pousses fouettantes qui ombragent les coursons à fruits. C’est la raison la plus courante pour laquelle les espaliers cessent de bien produire.

Attacher trop serré. Les branches s’épaississent avec le temps. Des attaches ajustées la première année entailleront l’écorce d’ici la troisième. Vérifiez les attaches chaque printemps et remplacez celles qui deviennent serrées. Utilisez des liens souples pour arbres, pas du fil de fer ou de la ficelle.

Commencer trop complexe. Une clôture belge est magnifique en photo. Mais si vous n’avez jamais formé un arbre, commencez par un simple cordon horizontal à deux étages. Apprenez les bases de la taille d’été et de la gestion de la croissance avant de tenter quelque chose de plus ambitieux.

Faire fonctionner l’espalier dans un petit jardin

L’espalier est fondamentalement une technique pour petits espaces. Un cordon horizontal peut tenir le long d’un panneau de clôture de 2 mètres. Une rangée de cordons simples peut longer une allée. Un cerisier formé en éventail peut couvrir un mur de garage qui autrement ne ferait que collecter la mousse.

La clé est d’adapter la forme à l’espace. Mesurez votre mur ou votre clôture avant d’acheter, et utilisez le Calculateur d’espacement pour vérifier combien d’arbres palissés tiennent sur votre longueur disponible. Un espalier à deux étages a besoin d’environ 1,2 mètre de hauteur et 3 à 4 mètres de largeur à maturité. Un cordon simple n’a besoin que de 60 centimètres de largeur mais veut 2 mètres de hauteur pour la tige inclinée.

Si vous cultivez contre un mur de maison, laissez un espace d’au moins 15 centimètres entre le mur et les fils. Cela permet la circulation de l’air derrière les branches et réduit la pression des maladies. Ça rend aussi l’attachage beaucoup plus facile.

La chaleur d’un mur exposé sud est un véritable avantage. Elle peut avancer la floraison d’une semaine ou deux et améliorer sensiblement la maturation des fruits. C’est pourquoi les poiriers et abricotiers se portent si bien en arbres palissés dans le nord de la France : la chaleur supplémentaire compense les étés parfois capricieux.

La formation en espalier est un projet sur plusieurs années. Votre mémoire, non.

Suivez chaque arbre formé avec son propre profil et son historique de taille. Notez les coupes de formation, la taille d’été, et comment chaque étage réagit au fil des ans.
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Pour commencer

Si vous avez un mur ou une clôture ensoleillé et de la place pour des fils, vous avez assez pour démarrer. Achetez un scion ou un espalier pré-formé d’un an chez une pépinière fruitière réputée. Installez vos fils correctement. Et commencez à noter dès le premier jour, parce que les décisions que vous prenez cet hiver façonneront l’arbre pour les vingt prochaines années. Le guide de tenue de registres du verger couvre ce qu’il faut suivre au-delà de la taille.

La technique n’est pas difficile. Elle est patiente. Chaque année vous ajoutez un peu plus de structure et vous apprenez comment votre arbre particulier réagit à la formation. Les notes que vous gardez en chemin sont ce qui transforme une expérience décorative en une partie productive de votre jardin.

Pour aller plus loin

Pour les techniques et le calendrier de taille détaillés :